Regards croisés sur « la bacchante » d’André Lhotte

Avec Jean-Jacques Issouli et Isabelle Beccia au musée des beaux-arts de Bordeaux le 19 février 2020.

Intervention passionnée et passionnante de Jean-Jacques Issouli professeur agrégé de lettres classiques sur « la bacchante » d’André Lhotte avec Isabelle Beccia.

Œuvres citées en rapport avec le thème, certaines m’ont échappées…

  • Euripide Bacchantes :

http://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/bacchantesfr.htm


  • Ovide Métamorphose 11ieme :

http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/OVIDE_METAMORPHOSES_11.pdf

(…) Non loin de là, des boeufs paisibles, courbés sous le joug, traçaient dans les champs de larges sillons. D’agrestes laboureurs, d’un bras nerveux, avec la bêche ouvraient la terre, et préparaient les doux fruits de leurs pénibles sueurs. À l’aspect des Ménades, ils ont fui, épouvantés, abandonnant, épars dans les champs, leurs bêches,leurs longs râteaux, et leurs hoyaux pesants : chacune s’en empare.

Dans leur fureur, elles arrachent aux boeufs même leurs cornes
menaçantes, et reviennent de l’interprète des dieux achever les destins. Il leur tendait des mains désarmées. Ses prières les irritent.

Pour la première fois, les sons de sa voix ont perdu leur pouvoir. Ces femmes sacrilèges consomment leur crime ; il expire, et son âme, grands dieux ! s’exhale à travers cette bouche dont les accents étaient entendus par les rochers, et qui apprivoisait les hôtes sauvages desforêts.


  • Robert Garnier Hyppolite :

https://www.persee.fr/docAsPDF/albin_1154-5852_2008_num_20_1_1109.pdf

PHEDRE :
Derechef, ô cruel, à vos pieds je me jette,
Prenez compassion de moy vostre sujette.

HIPPOLYTE :
Retirez-vous de moy, ne me venez toucher,
Ne me toucher le corps, de peur de me tacher.
Comment ? elle m’embrasse ? Il faut que mon espee,
Vengeant si grand forfaict, soit de son sang trempée.
Jamais, chaste Diane, à ton nom immortel
Un sang mieux consacré n’humecta ton autel.

PHEDRE :
C’est ce que je demande. A ceste heure, Hippolyte,
Piteux, mettrez-vous fin à ma douleur despite.
Hippolyte, il ne peut m’arriver plus grand heur
Que mourant par vos mains conserver mon honneur.

HIPPOLYTE :
Allez, vivez infame, et que jamais cette arme,
Pollue en vous touchant, le chaste corps ne m’arme.
En quel Tigre, en quel Gange, en quel gouffre aboyant,
En quelle ondeuse mer m’iray-je nettoyant ?

(v. 1473-1488)


  • Tableau Bacchante lutinant une chèvre

William Bouguereau. 1825-1905. Paris. Une Bacchante ou Bacchante lutinant une chèvre 1862.



Les bacchanales :

Une brusque clameur épouvante le Gange.
Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs élans
Les Bacchantes en fuite écrasent la vendange.
Et le pampre que l’ongle ou la morsure effrange
Rougit d’un noir raisin les gorges et les flancs
Où près des reins rayés luisent des ventres blancs
De léopards roulés dans la pourpre et la fange.
Sur les corps convulsifs les fauves éblouis,
Avec des grondements que prolonge un long râle,
Flairent un sang plus rouge à travers l’or du hâle ;
Mais le Dieu, s’enivrant à ces jeux inouïs,
Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle
Au mâle rugissant la hurlante femelle.


  • Baudelaire POÈME LE THYRSE À FRANTZ LISZT


Qu’est-ce qu’un thyrse ? Selon le sens moral et poétique, c’est un emblème sacerdotal dans la main des prêtres ou des prêtresses célébrant la divinité dont ils sont les interprètes et les serviteurs. Mais physiquement ce n’est qu’un bâton, un pur bâton, perche à houblon, tuteur de vigne, sec, dur et droit. Autour de ce bâton, dans des méandres capricieux, se jouent et folâtrent des tiges et des fleurs, celles-ci sinueuses et fuyardes, celles-là penchées comme des cloches ou des coupes renversées. Et une gloire étonnante jaillit de cette complexité de lignes et de couleurs, tendres ou éclatantes. Ne dirait-on pas que la ligne courbe et la spirale font leur cour à la ligne droite et dansent autour dans une muette adoration ? Ne dirait-on pas que toutes ces corolles délicates, tous ces calices, explosions de senteurs et de couleurs, exécutent un mystique fandango autour du bâton hiératique ? Et quel est, cependant, le mortel imprudent qui osera décider si les fleurs et les pampres ont été faits pour le bâton, ou si le bâton n’est que le prétexte pour montrer la beauté des pampres et des fleurs ? Le thyrse est la représentation de votre étonnante dualité, maître puissant et vénéré, cher Bacchant de la Beauté mystérieuse et passionnée. Jamais nymphe exaspérée par l’invincible Bacchus ne secoua son thyrse sur les têtes de ses compagnes affolées avec autant d’énergie et de caprice que vous agitez votre génie sur les cœurs de vos frères. — Le bâton, c’est votre volonté, droite, ferme et inébranlable ; les fleurs, c’est la promenade de votre fantaisie autour de votre volonté ; c’est l’élément féminin exécutant autour du mâle ses prestigieuses pirouettes. Ligne droite et ligne arabesque, intention et expression, roideur de la volonté, sinuosité du verbe, unité du but, variété des moyens, amalgame tout-puissant et indivisible du génie, quel analyste aura le détestable courage de vous diviser et de vous séparer ?

Cher Liszt, à travers les brumes, par delà les fleuves, par-dessus les villes où les pianos chantent votre gloire, où l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans les splendeurs de la ville éternelle ou dans les brumes des pays rêveurs que console Cambrinus, improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la Volupté et de l’Angoisse éternelles, philosophe, poëte et artiste, je vous salue en l’immortalité !


  • Maupassant « Une partie de campagne « 

https://short-edition.com/fr/classique/guy-de-maupassant/une-partie-de-campagne

La jeune fille pleurait toujours, pénétrée de sensations très douces, la peau chaude et piquée partout de chatouillements inconnus. La tête de Henri était sur son épaule ; et, brusquement, il la baisa sur les lèvres. Elle eut une révolte furieuse et, pour l’éviter, se rejeta sur le dos. Mais il s’abattit sur elle, la couvrant de tout son corps. Il poursuivit longtemps cette bouche qui le fuyait, puis, la joignant, y attacha la sienne. Alors, affolée par un désir formidable, elle lui rendit son baiser en l’étreignant sur sa poitrine, et toute sa résistance tomba comme écrasée par un poids trop lourd.

Tout était calme aux environs. L’oiseau se mit à chanter. Il jeta d’abord trois notes pénétrantes qui semblaient un appel d’amour, puis, après un silence d’un moment, il commença d’une voix affaiblie des modulations très lentes.

Une brise molle glissa, soulevant un murmure de feuilles, et dans la profondeur des branches passaient deux soupirs ardents qui se mêlaient au chant du rossignol et au souffle léger du bois.

Une ivresse envahissait l’oiseau, et sa voix s’accélérant peu à peu comme un incendie qui s’allume ou une passion qui grandit, semblait accompagner sous l’arbre un crépitement de baisers. Puis le délire de son gosier se déchaînait éperdument. Il avait des pâmoisons prolongées sur un trait, de grands spasmes mélodieux.

Quelquefois il se reposait un peu, filant seulement deux ou trois sons légers qu’il terminait soudain par une note suraiguë. Ou bien il partait d’une course affolée, avec des jaillissements de gammes, des frémissements, des saccades, comme un chant d’amour furieux, suivi par des cris de triomphe.

Mais il se tut, écoutant sous lui un gémissement tellement profond qu’on l’eût pris pour l’adieu d’une âme. Le bruit s’en prolongea quelque temps et s’acheva dans un sanglot.

Les textes sont des extraits, les liens mènent au textes complets.

Les photos de la sortie :

https://photos.app.goo.gl/n1uTzCJiBGzRD93J8

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